Recrutement : Les CV bientôt ringards…

Je sais très bien que la rédaction d’un CV est un processus minutieux. Il ne faut pas croire qu’il s’agit d’un jeu d’enfant. En fait, ça ne peut être le cas pour des personnes qui construisent minutieusement leur carrière et leur parcours professionnel. Il faut toujours faire attention et prendre du temps.Il faut que le CV parle à l’employeur de son besoin et de ce que le candidat représente pour ce besoin. Il faut que le CV dise à l’employeur : «  Tu as besoin de ceci, je suis exactement ce qu’il te faut ! ». Le CV n’est pas la biographie du candidat. Elle n’est pas sa description. Le CV n’est pas focalisé sur le candidat. Il est focalisé sur le recruteur. Il ne s’agit pas d’un regard d’auto satisfaction sur soi-même. Il s’agit toujours d’une opération de charme où il faut convaincre au delà des mots. En lisant le CV, le recruteur ne doit pas s’exclamer « Oh, ce gars là, il est bon ! »…Mais il doit toujours conclure « Ce gars là, c’est lui qu’il me faut absolument ! ».

Ceci suppose donc que le CV suive un certain chemin. D’abord qu’il soit le plus simplement lisible possible. Inutile de revenir sur le fait qu’il ne doit pas être trop long…Tous les documents que vous avez lu là dessus vous l’ont déjà sûrement dit. Inutile aussi de revenir sur sa nécessaire concision (concis ne vaut pas dire court…mais bien court et précis…ou plutôt capable de traduire en peu de mots une idée précise). Le CV doit donc être agréable à lire. Il ne doit pas susciter des questions du genre «Que veux dire tout ceci »…mais des réactions du genre « Tiens, j’aimerais bien approfondir ce point ci ». Il ne doit pas dire au recruteur « ah ah ah…tu es un ignorant notable », mais plutôt « ah oui, nous parlons le même langage ». Ça suppose des idées et des phrases claires. Simples. Précises. Du genre « actions et résultats » pour décrire les activités réalisées par exemple. Attention, ne reprenez pas in extenso les termes de référence de votre poste ou la description de vos activités dans vos anciens contrats…résumez les en quelques mots. Il faut que le CV soit le plus rapidement et le plus simplement accessible.

Tout ceci, vous le savez certainement et je reviendrais dans un prochain article sur la question des CV et des lettres de motivation (LM). Mais aujourd’hui, les employeurs s’ennuient souvent à lire et relire les CV : Les mêmes mots, les mêmes phrases, les mêmes approches et au final, les mêmes doutes. Il est même arrivé que convaincu d’un candidat, des recruteurs se retrouvent en déception totale quelques jours après l’avoir mis à l’essai.

Aujourd’hui donc, Internet offre des possibilités de plus en plus énormes pour découvrir les candidats autrement et pour les connaitre différemment. Entendons nous bien. Ces méthodes ne tueront pas le CV. Elles le rendront de plus en plus accessoire avec pour vocation unique de convaincre en une seule page qu’un candidat mérite une attention. Les recruteurs auront tendance à se servir du CV non pas pour déterminer les compétences exactes du candidat et ses aptitudes, mais pour sentir dans un lot collectif, des personnes qui peuvent être dignes d’intérêt. Ensuite, place aux outils modernes que l’on peut regarder sans s’ennuyer, en souriant de bonheur et de joie et en participant à un moment donné et d’une certaine manière à l’expérience qu’a vécue le candidat. Place à Internet et voici quelques pistes.

Piste 1 : google

Googleliser…vous connaissez ? C’est l’acte de mettre un nom sur google en vue de mieux connaître la personne. Un grand expert des entreprises au Tchad ou en RCA….hmmm, Internet doit bien avoir un témoignage de cela….Il doit y avoir quelque part, même par hasard, un témoignage d’une telle immense expertise sur Internet. Miracle ! Voilà donc un très grand expert qui n’est connu nulle part….hmmm

J’encourage beaucoup les jeunes professionnels à écrire et à faire publier leurs idées et surtout leurs expériences professionnelles sur le net quand cela est possible, mais bien évidemment d’une manière sage. Et en plus vous pouvez le faire sans laisser l’impression de vous faire voir. Par exemple, les articles de la presse sont très souvent mis en ligne. Les rapports des grandes institutions sont également mis en ligne. Et si votre structure a un site Internet, même si votre nom n’apparait pas, vous serez l’un des gagnants de sa vie dynamique.

Ce n’est pas toujours évident et ce ne le sera jamais de manière systématique. Donc, le recruteur ne va pas s’arrêter. Il sait que ca peut arriver que le grand et motivé candidat que vous êtes ne soit pas sur google.

Piste 2 : LinkedIn

LinkedIn est un réseau social spécialisé dans les relations professionnelles. Il s’agit d’une plate-forme très complète qui permet de créer un réseau entre professionnels et de donner à voir les liens professionnels qui existent autour d’une personne. Sur LinkedIn, on peut savoir que vous avez travaillé dans le cabinet X et que vous y avez travaillé avec tel expert Y. Vous n’avez peut-être pas de nom sur google, mais peut-être connaissez vous sur LinkedIn quelqu’un qui a un nom sur google et qui peut rendre témoignage de votre immense expertise. Peut-être même que celui que vous connaissez n’a pas seulement un nom sur google, mais est une vraie référence dans votre domaine au niveau local, national ou mondial…quelle aubaine parce que vous avez participé à un séminaire avec lui et il a bien vu que vous aviez des dents longues bien aiguisées ! En plus, sur LinkedIn, vous avez travaillé dans une structure que le recruteur ne connaissait pas, mais dont il découvre l’importance d’un seul coup, sans avoir besoin de faire trop de recherches complexes.

Mais faites bien attention. N’acceptez pas n’importe qui sur LinkedIn. Un compte LinkedIn rempli d’illustres inconnus professionnels…hmmm…c’est pas bon pour votre image. Pire encore, un compte rempli de personnes qui ne savent même pas pourquoi ils ont compte sur LinkedIn et qui en conséquent n’ont eux-même rien à revendre sur ce réseau…Bon sang qu’est ce que vous faites avec tous ces amis aux comptes vides….peut-être que vous en êtes finalement un vous-même…

Sur LinkedIn, il existe enfin une option payante qui rend l’outil encore plus puissant et adapté pour la recherche d’emplois.

Piste 3 : Les blogs

Ici, vous avez toute l’attention des recruteurs. Si vous avez un blog ou si vous participez régulièrement à l’animation d’un blog ou d’un site web, le recruteur ne va pas se priver de cette mine d’informations. Surtout si votre blog ou site est thématique ou professionnel. Il découvrira dans vos posts (articles ou commentaires), votre pensée. Mais aussi la manière avec laquelle vous la structurez, ce qu’elle traduit de votre personnalité. Il y lira très vite votre légèreté ou votre profondeur, votre humour ou votre trop grand sérieux, votre manière de vous projeter dans les choses. Un blog professionnel de qualité a beaucoup de chances de vous apporter quelque chose. S’il a un beau design en plus et est bien soigné…Je ne vous dis pas le bonheur de le parcourir. Bien évidemment, mettez le à jour.

Piste 4 : Facebook et twitter

Je vous conseille plutôt de vous en méfier. Si vos comptes sont personnels, il n’ont pas beaucoup d’intérêts pour le recruteur qui du reste n’y a pas forcément accès. Mais il peut arriver que vous soyez en lien avec quelqu’un qui est en lien avec votre recruteur. Soignez donc tout ce qui peut être professionnel sur vos murs si jamais vous y inscrivez des choses professionnelles. Sinon, tant mieux. Si votre compte Facebook ou Twitter n’a rien de professionnel, un recruteur n’y a rien à faire et c’est tant mieux pour vous.

Vous voyez ! Fini les heures interminables à essayer de sonder ce qu’il y a derrière un CV et l’ennui que l’on y retrouve souvent. Voilà google ; voilà vos amis et vos anciennes structures sur LinkedIn avec qui on peut échanger ou au moins que l’on peut prendre le temps de suivre. Voilà les blogs où l’on se délecte de plaisir ou d’ennui et d’énervement…J’ai à l’esprit cette anecdote d’un ami canadien qui me racontait une expérience de recrutement. Après tous les tours sur Internet, un candidat s’est vu dire lors de l’entretien : « Nous n’avons aucune question pour vous. Nous avons tout. Vous avez le poste ! »

L’heure de la ringardise des CV et LM est en marche. Sachez composez avec le temps et faire d’Internet un de vos atouts professionnels.

7 Comments
  • Ronie
    janvier 27, 2011

    Très interressant

  • Young Entrepreneur Space
    janvier 30, 2011

    cas vécu sur Linkedin, j’ai été contacté un jour par un M. qui me proposait un poste dans sa boîte! surprise puisque je n’avais postulé à aucune offre (étant déjà en poste dans une autre boite), surprise parce qu’il m’a appelé sur ma ligne directe du bureau! Après lui avoir demandé comment il avait obtenu mes contacts, il n’a pas souhaité révéler sa « source ». Ce n’est que lors de l’entretien qu’il me fixa, que j’ai découvert que sa source n’était rien d’autre que LINKEDIN. Mon profil leur avait retenu leur attention, ils m’ont contacté tout simplement. Franchement je me suis inscrite sur LINKEDIn un peu comme on s’inscrit sur FACEBOOK, sur tWITTER, sur VIADEO…bref un peu pour faire « comme tout le monde » ou pour se créer « une existence virtuelle » et j’étais loin mais vraiment loin de penser qu’un jour on tenterai de me recruter par le biais d’un réseau social…bref ça marche et je recommande à tous ceux qui y sont inscrits de prendre leur « personnalité virtuelle » très au sérieux : dire qui vous êtes, ce que vous savez faire, montrer des projets sur lesquels vous avez déjà travaillé peut être que cela peut porter.

    Maelys Young Entrepreneur Space

    • Paul Armand MENYE
      février 1, 2011

      Chère Maelys,

      Ton expérience est complètement édifiante et j’espère qu’elle va contribuer à faire prendre conscience de l’importance fondamentale d’un outil comme Linkedin. Je m’y suis moi même inscris parfaitement par hasard. Après une mauvaise expérience d’un groupe de professionnels online sur ping, un ami informaticien nous a proposé de migrer sur Linkedin et nous avons suivi. C’est à cette occasion que j’ai crée mon compte sans trop savoir de quoi il retournait jusqu’à ce que je reçoive une invitation à rejoindre le groupe d’ami d’un collègue Bulgare très sérieux et qui n’utilise pas les réseaux sociaux à la légère. Le voir inscrit sur Linkedin a suscité ma curiosité et en parcourant son espace, je me suis rendu compte que celui-ci était minutieusement rempli, avec beaucoup de sérieux comme si Linkedin lui servait à quelque chose de concret. J’ai donc pris le temps de cotôyer et de comprendre le réseau, puis de le vivre petit à petit. De cette expérience, j’ai tiré beaucoup ! Des propositions de contrats, des contacts professionnels d’une immense valeur, bref, Linkedin est devenu un espace professionnel qui m’apporte des ressources inestimables en même temps qu’il demeure l’une de mes pistes les plus crédibles pour tout ce qui est perspective professionnelle.

      Le principe est simplement qu’il faut être sérieux et rigoureux sur Linkedin. Ces deux choses sont des garantis de crédibilité important. Il faut remplir avec minutie son compte, choisir avec minutie ses contacts et explorer toutes les ressources que le réseau propose. On peut alors s’en tirer avec beaucoup de bonnes choses.

      Salutations

  • alain ngompe
    février 5, 2011

    ces supports sont peut être très importants pour les chercheurs d’emplois .inéluctablement, ils apportent une valeur ajoutée à la lisibilité de soi . Mais il reste que son utilisation reste hermétique pour beaucoup de chercheurs d’emploi en Afrique .

    Et pour les recruteurs africains, chef d’entreprise, ; ont -ils seulement connaissance de ces supports? prenons le cas du Cameroun,, combien de chef d’entreprise ont une adresse e-mail? un site internet? combien surfe sur le net? et à quel fréquence par jour? Combien d’entre eux font recours à des cabinets de recrutement?

    Les axes ethno-religieux de recrutement ont la peau dure en Afrique et ne nécessite pas justement un CV. La disparition du Cv est peut être à voir de ce côté là

    • Paul Armand MENYE
      février 5, 2011

      La question des axes ethno-religieux est une question très relative. J’aborderais prochainement les questions d’ethnie et de représentation mystico-magique en organisation dans des articles à venir. Mon propos n’est pas de dire que cela n’existe pas. Mais cela existe dans toutes les sociétés. En Afrique comme ailleurs, il ne s’agit pas de facteurs déterminants dans le recrutement en organisations. quand on commence à désirer des compétences, en général, on s’ouvre. Et les entreprises finissent par chercher partout les compétences qui leur apporte le plus de rendement.
      Il ne faut donc pas en faire un prétexte pour préparer des mauvais dossiers. Beaucoup de candidats ne sont pas retenus pour mauvais dossiers et non pas pour non appartenance ethnique ou religieuse. Cela peut arriver. Mais j’ai constaté que plusieurs candidats réfugiaient leurs échecs et leurs mauvaises préparation dans cet argument qui finalement calme toutes sortes de paresseuses consciences. En fait, le préjugé est le fondement premier des mauvaises candidatures. En Afrique comme partout dans le monde.

  • Jules Obama
    janvier 13, 2012

    le souci maintenant est de savoir quel est la formule idéale pour un bon Cv. Car au départ les cv brefs n’étaient pas assez clairs pour les recruteurs. il fallait donc les détailler ce qui fait qu’on se retrouvait avec des cv longs de 4 pages au moins (ce qui est mon cas). Et maintenant la tendance est déjà au CV bref et succinty a de koi perdre la tête dans tout ça. finalement qu’est ce qui est important dans un CV et qu’est ce qui ne l’est pas.

    Bien à vous.

    • Paul Armand MENYE
      janvier 16, 2012

      Bonjour Jules,

      La question que tu poses relève d’un questionnement de fond. La question de ce qui est important dans le CV ne pose pas le problème de la forme, du format ou du volume du CV, mais celui de la fonction du CV.
      Le CV est avant tout un outil d’interaction. C’est cela sa fonction. L’interaction entre une personne (physique ou morale) qui a un besoin…et une autre personne qui est sensée être la réponse à ce besoin.
      Si l’on perçoit le CV de cette manière, des réponses plus spécifiques se dessinent alors à ton interrogation.
      – D’abord le CV doit effectivement être la réponse au besoin. En d’autres termes, la première chose qui est importante dans le CV c’est qu’il laisse CLAIREMENT SAVOIR QUE LE CANDIDAT EST LA REPONSE AU BESOIN DU RECRUTEUR.
      – Ensuite, le CV doit être une réponse qui a le moins de biais possibles. En d’autres termes, il faut qu’il renseigne de manière PRECISE le recruteur. Certains recruteurs considèrent trop de détails comme un biais, d’autres trop peu comme un biais. Je pense que la justesse est non pas dans la synthèse ou dans le détail, mais dans la concision. Plusieurs définissent la concision comme l’art de dire beaucoup avec peu de mots…Mais il s’agit de plus que cela. La concision c’est l’art d’exprimer avec justesse ce qu’on doit dire sans en faire ni trop, ni trop peu.
      En fait, l’art de la concision implique de prendre du temps pour travailler les diverses informations qui sont mises sur un CV en se demandant à chaque fois si on a mis l’essentiel et si cet essentiel est clair. L’art de la concision dans un CV, c’est être concret sans avoir besoin de détails.C’est de cette manière qu’on arrive par exemple à mettre une année d’expérience en une phrase qui fait comprendre aux gens ce qu’on faisait exactement sans que ce soit flou pour eux.
      Ce que je recommande, c’est d’essayer de travailler cela avant le moment d’envoyer des CV et de le faire lire à des connaissances qui ne savent pas forcément ce qu’on faisait ou à des professionnels qui savent bien et faire réagir ces deux catégories de personnes sur leur compréhension. Si le CV est concis, ils comprendront sans que nous ayions beaucoup d’explications à donner. Et dans les échanges avec eux, nous trouverons les bons mots pour mieux préciser les choses. alors quand viendra le temps de l’interaction avec le recruteur, on pourra être sûr de ce qu’on a communiqué au travers du CV.
      De façon pratique, je recommande également d’avoir toujours au moins 03 BASES de CV. un CV de 02 pages (le plus concis possible), un CV moyen (03 à 04 pages un peu plus explicatif) et un CV extrêmemnt détaillé. Ce n’est aucun de ces CV qui sera forcément envoyé aux recruteurs, mais ils serviront tous les trois de base pour travailler les CV à envoyer aux recruteurs.
      J’espère que ma réponse apporte quelque chose et je la publie comme nouvel article pour faire en profiter ceux qui n’ont pas suivi cette discussion.

      Salutations

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