Photocopier le business du voisin n'est pas bon

Un des modèles de création d’entreprise que j’ai rencontré de manière très fréquente est la répétition de l’entreprise du voisin. Le raisonnement qui aboutit à ce genre d’entreprise est simple, logique, cohérent…et voué à l’échec : « Regarde le restaurant que tel a ouvert à tel endroit. Il y’a plusieurs clients qui y vont. Si j’ouvre la même chose à côté, j’aurais aussi plusieurs clients qui viendront ». Et deux jours après, voilà la nouvelle entreprise sur le terrain.

C’est une caricature, mais le fait est trop récurrent. La plupart des jeunes qui sont venus me voir avec des idées d’entreprises fonctionnent sous ce modèle. J’ai même vu dans certains pays, des créneaux d’entreprises complètement enterrées à cause de ce type de fonctionnement. Un créneau rapidement recopié et d’une manière complètement anarchique ne peut que mourir sans que cela soit lié à ce que le créneau n’est pas bon.

Il est important de bien appréhender la compréhension des business que l’on croit connaitre simplement parce que le voisin les a mis en œuvre.

Erreur 1 : la tromperie des yeux

Ce que l’on regarde de loin est souvent trompeur. J’ai vu des jeunes compter les clients du voisins des yeux. « Ah regarde, il a 50 clients par jour ! ». Mais un regard lointain ne signifie pas si tous ces « clients » sont effectivement des clients.  Il ne distingue pas les oncles, les preneurs de crédits, les petites amies et les dragueurs qui entrent et sortent chez le voisin. Le regard de loin multiplie le chiffre d’affaires réalisé par des proportions parfois incroyable.

La tromperie des yeux induit également en erreur sur les services et les produits. Les services et produits que l’on regarde de loin pour reproduire sont souvent bien loin de leur réalité réelle. Un bon plat de poulet vendu dans le restaurant du voisin peut être un poulet mort récupéré au quartier plus qu’un bon poulet acheté au marché pour être revendu. Une jolie robe de mariée exposée dans une belle boutique peut-être un don que l’on expose. Un pot de kossam ou de yaourt local peut être le fruit du lait détourné d’un port. Une série de marchés de rédaction de propositions d’un cabinet peut souvent n’être que des services rendus ou des marchés gratuits pour se faire un nom…Bref, il y’a une série de paramètres immaitrisables qui entourent les produits et services que l’on voit chez le voisin.

Ce que l’on regarde enfin chez le voisin a tendance à être plus beau. L’herbe du voisin est toujours plus verte…vous connaissez le proverbe. Il trahit en fait une réalité psychologique plus profonde. La perception de ce que l’on peut reprendre chez l’autre est toujours une perception hyperbolée. Nous reviendrons dans un prochain article sur cette perception, son fonctionnement et les mécanismes qui la déterminent. Simplement, il faut avertir sur ce que ce que l’on croit voir chez le voisin est toujours bien en deçà de la réalité. J’ai même vu des gens regretter d’avoir abandonné leur créneau pour entrer dans celui du voisin qui s’est révélé pire que le leur.

Erreur 2 : la tromperie des oreilles

Il y’a deux biais qui minent souvent ceux qui veulent reproduire les affaires qu’ils voient à côté, chez le voisin et qui sont liés à ce qu’ils écoutent.

D’abord le discours coloré du voisin et de ses proches. Lorsque l’on commence à avoir les yeux tendus vers le business du voisin, on est très sensible quand le voisin transforme son vécu en petit paradis. Il est alors facile de se positionner sur ce pays des merveilles pour se lancer dans une répétition bis de son affaire. «Ah, c’était aussi difficile comme ça quand Chantale ouvrait son salon. Ensuite les clients sont venus. Aujourd’hui elle roule en Rav4. Elle-même a commencé comme moi, sans rien. Moi aussi, je vais faire comme elle et finir aussi en Rav4 ». Voilà globalement l’assimilation que l’on fait de ce genre de situations. Bien évidemment, la perte de contact avec la réalité est psychologiquement établie.

Ensuite, il y’a que finalement, on finit par écouter un discours édulcorée sur le voisin, même quand celui-ci avertit sur la réalité. Chaque propos qui a un caractère négatif qu’il tient est interprété comme un moyen de cacher la vérité.

Les oreilles sont alors prises au piège de ce que la seule vérité qui vaille, soit celle qui est jolie, qui est positive.

Savoir sortir de la cour du voisin

Créer une entreprise simplement sur la base de ce qu’on l’a vu chez le voisin est dangereux. Il y’a un risque de perdre du temps et de l’argent…Et pour dire vrai, presque tous ceux que j’ai vu faire cela ont toujours perdu même quand les débuts ont semblé heureux.

En photocopiant l’entreprise du voisin, vous êtes parfois entrain de photocopier un modèle dépassé…un ancien talent qui n’a plus beaucoup à donner.

En photocopiant l’entreprise du voisin, vous êtes surtout en train de photocopier ses erreurs. Et l’imprimante spécialisée dans la photocopie des projets des voisins a comme principal défaut qu’elle photocopie surtout ce qui n’est pas bon…et perd beaucoup de ce qui marche parce qu’elle n’a pas les moyens de vraiment garder cela.

Il y’a une autre manière de capitaliser l’expérience du voisin. C’est de s’en servir pour libérer soi-même son imagination. C’est de l’utiliser pour créer quelque chose de nouveau, quelque chose de très différent. C’est de trouver un ferment pour intégrer d’autres formes de choses nouvelles afin de dégager une expérience complètement à part entière.

Au lieu de créer son salon de coiffure comme la voisine ou en dessous de la voisine…pourquoi ne pas y ajouter une touche de différence…une spécialisation précise dans un type de coiffures, une série de services connexes en esthétique, un accueil différent avec des tenues de services et des principes de travail rigoureusement pensés. Au lieu de se lancer dans le restaurant à ouvrir en face de la voisine, envisager un service d’offres de repas à domicile bien pensé. Il est important que chaque nouvelle entreprise soit pensée plutôt qu’induite…Il est important que chaque entreprise soit créée plutôt que photocopiée…Il est important que chaque nouvelle entreprise repose sur une attitude de recul systématique et rigoureuse. Il est important que chaque nouvelle entreprise porte plus d’éléments de votre propre imagination que les ricanements d’une paresse intellectuelle qui en matière de création d’entreprises est généralement suicidaire.

L’expérience du voisin doit servir à créer une nouvelle expérience qui a de vraies perspectives d’avenir et non à faire une expérience bis qui généralement porte en elle les germes de son échec.

4 Comments
  • madeinbusiness
    mai 18, 2011

    tout a fait vrai. On copie soit par manque d’imagination, soit parce qu’on ne veut pas se fatiguer à créer quelque chose de différent! et puis si ca semble marcher dan un créneau A pourquoi aller s’engouffrer dans un créneau B et risquer d’échouer? on ne sait pas toujours ou le voisin à trouver son capital, on ne sait pas toujours ou le voisin s’approvisionne, on ne sait pas toujours si avant même d’ouvrir sa boutique, son commerce, le voisin avait déjà une clientèle potentielle prête à acheter chez lui, on ne sait même pas si l’affaire est rentable. je ne vais pas continuer car je pense que tu as tout dit et je risquerai de répéter ce qui a déjà été énoncé dans ton post. mon seul conseil: entreprendre autrement, entreprendre différemment, toujours chercher à faire ce qui n’a pas encore été fait! dans la vie il y a deux catégories d’entrepreneurs: les leaders et les suiveurs. les premiers ont l’audace de se lancer dans des activités différentes, de prendre des gros risques, les seconds attendent toujours de voir comment ca marche pour les premiers! si ca a l’air bon ils se lancent aussi en copiant bêtement. c’est dommage mais c’est la vie!

    • Paul Armand MENYE
      août 14, 2011

      C’est en effet bien dommage…Et c’est pour ca qu’il faut continuer d’attirer l’attention des gens sur ce dommage…Merci pour ton commentaire très pertinent.

  • Ronie
    mai 18, 2011

    Je trouve cette reflexion très pertinente pour que tout jeune entrepreneur y reflechisse par deux fois avant de se lancer dans un projet d’entreprise. Entreprendre c est créer, innover pour ne pas avoir un projet obsolette avant de se faire une place dans le marché vue la technologie grandissante. Ce texte me fait penser a mon enseignant de creation d’entreprise a l’université qui nous disait qu’environ 75% des notres seront des callboxeurs car parait il le callbox nourrit son homme. Nous le trouvions drole a l’époque mais portant le quotidien nous demontre le contraire puisque les jeunes sont devenus des partisans du moindre effort, des vrais photocopieurs des business des autres

  • Paul Armand MENYE
    mars 15, 2012

    Reblogged this on Psychorganisons and commented:

    Le titre de l’article vient d’être repris par un portail. Pour donner une idée à ceux qui vont découvrir le blog de quoi il s’agit, je republie ce billet.

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