Savoir conjuguer l'association

Je ne crois pas au « Robinson Crusoe » entrepreunarial. L’expérience que j’ai de la création d’entreprise est qu’elle n’est jamais une aventure solitaire et donc qu’il faut savoir conjuguer la question de l’association.

L’association en entreprise n’est pas un principe sine qua non à priori. Il est un principe sine qua non in status. Ca veut dire que pour lancer une entreprise, il ne faut pas forcément être associé, mais que l’entreprise a forcément besoin d’une association pour s’épanouir. La nécessité, le besoin, le timing se dévoilent selon les cas. Mais des règles précieuses sont à garder à l’esprit.

Conjuguer les bons feelings

La première chose qu’il est important de conjuguer en matière d’association, c’est le feeling. L’entreprise est au départ une idée qui nait généralement dans un esprit, dans une personne. Elle se développe au contact d’autres idées et d’autres personnes. Il faut que la personne qui porte l’idée s’arrête en priorité sur les personnes qui peuvent partager le même enthousiasme, la même vision. J’ai l’habitude de recommander que tant que de telles personnes ne sont pas trouvées, il vaut mieux continuer seul. Il est généralement contre productif de s’associer avec des personnes qui n’ont aucun intérêt, aucun enthousiasme pour le projet que l’on souhaite lancer.

En général, lorsque l’on est associé sur la base d’un bon feeling, il faut aussi accepter de se mettre à l’école. Le feeling n’est rien d’autre qu’une émotion subjective. L’association doit s’appuyer sur l’apprentissage collectif des personnes ayant le même feeling pour déboucher sur quelque chose de professionnel, de péréen. Sinon, on tombe vite dans le copinage et la paresse, virus dangereux quand on lance une affaire.

Conjuguez les bons intérêts

L’association doit très vite s’organiser autour d’intérêts. Cela m’amuse souvent de voir de jeunes entrepreneurs reprocher à leurs associés d’êtres très intéressés…En réalité, il est préférable d’avoir des associés très intéressés à moins de vouloir faire une œuvre sociale.

Les intérêts permettent de préciser l’objectif : on a un bon feeling, on est content d’être ensemble, on veut faire bouger les choses, mais on est là pour que chacun au final gagne sa part ! Voilà ce que les intérêts disent. Ils permettent au travail de rester travail…et de ne pas se transformer en tentative de famille…et plus tard en frustration parce que l’un des associés serait resté sur ce qui fait l’essence de l’entreprise : les intérêts.

Je sais que la passion a peur des mots qui n’ont pas de poésie. Mais construire une entreprise relève plus d’Hercule que des Muses. Et il vaut mieux toujours avoir en face de soi le réel que l’imaginaire. Ce que je gagne en phase avec ce que tu gagnes, voilà l’enjeu qui associe dans une entreprise.

Conjuguer le bon timing

Le dernier point qui me semble important dans la question de l’association est le timing. Il faut savoir quand s’associer. C’est-à-dire, il faut savoir discerner quand les conditions sont rassemblées pour une association. Le feeling est un indicateur…Mais la clé de tout ceci est le besoin. Ne vous associez pas tant que le besoin d’association n’est pas fort. Un besoin fort n’est pas qu’une question financière. Mais ca peut l’être. Cependant, l’un des éléments de besoin que j’ai très souvent discerné est la discipline. Pour moi l’argent et la discipline sont les deux fondements les plus importants pour décider d’une association.

Entendons nous bien. Je ne suis pas entrain d’affirmer que l’argent ou la discipline doivent être les motivations d’une association. Simplement, il arrive qu’alors qu’on met en œuvre son projet et que des besoins d’argent ou de discipline se fassent sentir, un feeling nous entraine vers un associé avec lequel on a un bon feeling et où les intérêts sont clarifiés. Les ingrédients parfaits sont alors rassemblés pour une association. C’est exactement le bon moment pour s’associer avec ce partenaire ou cet associé.

D’un autre côté, conjuguer le bon timing pour s’associer, c’est aussi savoir se séparer des associations. Certaines associations en entreprise sont faites pour ne pas durer. Certaines pour mettre longs. Lorsque les conditions cessent d’être remplies pour une association, il faut savoir s’arrêter.

Sur ce dernier point, je n’essaye pas de laisser une voie ouverte à la facilité. Une personne qui se prend la tête et qui ne veut rien écouter pour décider de se séparer de ceux qui lui rappellent son égarement n’est pas dans le discernement. Le timing de séparation est rassemblé lorsque les routes vont dans des sens opposés sans qu’aucune possibilité de rassemblement ne soit plus possible. Élaguer les possibilités de sauver une association conduit en général à des impasses.

Je conclus ce post par une note un peu douloureuse. L’un des facteurs d’échec des petites organisations en Afrique est l’incapacité d’association. La logique du solo semble devenue si naturelle que lorsque les gens se perdent…ils sont souvent les seuls à ne pas se rendre compte de cela et des raisons de cela. Une organisation qui ne sait pas s’associer, disons le solennellement…est destinée à mourir…seule ! Oui, l’enfer c’est les autres, tout le monde le sait. Mais un effort est vraiment à faire.

3 Comments
  • Martial
    juin 21, 2011

    oui c’est curieux de constater que particulièrement en Afrique les entrepreneurs solitaires sont légion mais les petits entrepreneurs sont aussi légion. certainement le pas de l’association est à franchir malgré les difficultés.

  • afro-skills.com
    avril 19, 2012

    trouver des personnes ayant le même feeling : comment faire?
    faut-il aller vers les gens ? selectionner les milieu qu’on fréquente? s’introduire dans des milieu qui nous sont souvent étrangers?
    la vérité est que souvent on a une bonne idée et on connait des gens qui s’ ils le voulaient ils pourrait en un rien de temps aider a booster l’idée ou le projet , mais on ne sait comment les aborder ou quand bien même on les aborde ils ne sont malheureseument pas intéressé .
    Selon moi il faut savoir communiquer pour gagner un partenaire mais comment communiquer? comment aborder un inconnu? comment gérer un non?
    comment convaincre un partenaire pour avoir un oui? j’ai cet énorme problème d’aborder un inconnu donc si tu as kke pistes de réponse je suis preneur.

  • Paul Armand
    avril 26, 2012

    Trouver des personnes ayant le même feeling….J’y reviendrais dans un prochain article. C’est un sujet qui mérite une attention toute particulière.

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