Une histoire de genre…

Je vous propose l’histoire d’un responsable de projet qui a pris du recul sur une option idéologique et stratégique. C’est toujours délicat lorsque l’on est dans une organisation de se positionner sur les questions idéologiques. Suivons. Je laisse la personne concernée et dont l’identité n’est pas importante nous parler:

Je me suis toujours demandé si elle n’avait pas quelques frustrations. Mais bon, c’était sa vie privée. On prenait un pot dans une capitales africaines et discutions des femmes et du genre. Le ton est monté, la discussion a durcit…et je lui ai clairement dit que je n’étais pas d’accord et que si son point de vue était absolu, elle pouvait compter sur moi pour déposer ma démission.
Elle pensait que les questions de genre étaient importantes : moi aussi. Le travail sur le terrain m’a enseigné qu’il y’a bien une véritable nuance dans une vie de femme par rapport à celle d’un homme. Les questions d’égalité ne sont pas vaines. Elles sont complètement pertinentes. Mais je suis convaincu qu’il ne faut pas les confondre.
Le genre c’est quoi ? C’est simplement ce qui est non biologique et qui distingue un homme d’une femme. Ce que le genre nous enseigne, c’est l’égalité dans une perspective claire : celle de l’équité. C’est à dire, redonner à chacun, homme et femme, sa place, ses droits, tout ce qui lui revient, de manière juste. Il ne s’agit pas de demander à une femme de faire ce qu’un homme fait…il s’agit qu’une femme fait TOUT ce qui est à son abord en tant que femme…Et non que cela soit circonscrit par les hommes pour aucune autre raison que le sexe féminin.
Mais les problèmes de genre doivent être les problèmes de société et non pas les problèmes d’autres personnes qui pensent que leurs réflexions doivent devenir les problèmes de tout le monde.
Elle me disait par exemple qu’il fallait mettre l’accent sur la question de la polygamie en me faisant pour un groupe de femmes particulier, une description apocalyptique….basée sur ses histoires quelque part en Asie.
Ma colère était grande. Parce qu’elle ne connaissait pas ces femmes avec qui je travaillais tous les jours. Et jamais, je n’avais senti pour celles qui étaient polygames, que c’était là le problème de leur vie. Je trouvais extraordinaire de devoir mettre de côté toutes les préoccupations de fond posées par ces femmes pour devoir « tester » les théories occidentalisées d’une partenaire qui ne les connaissait même pas. Elle m’a rappelé qu’elle était le financier du projet sur lequel nous travaillions…et je lui ai signifié que je démissionnerais sans aucune hésitation si j’étais obligé de travailler à sensibiliser contre la polygamie. C’était absurde, inutile et impertinent. Ces femmes avaient des soucis liés au genre plus réels.
Elle a mordu les lèvres devant ma fermeté et nous ne sommes plus jamais entendu sur ce sujet. Plusieurs fois, depuis Paris, elle a essayé d’orienter notre travail sur ce genre de thématique. Je reste carré. Avec mon équipe sur le terrain, nous restons attentifs à ce qui émane réellement du terrain et non pas à des théories auxquelles nous ne croyons pas. Nous avons réussi à obtenir des résultats sur l’auto gestion des revenus des femmes, le raffermissement des dialogues dans les familles avec des maris qui étaient souvent totalement fermés, l’appui des maris dans les travaux ménagers….la polygamie, elles s’en foutent. Au contraire, la plupart en veulent parce qu’elles peuvent l’utiliser pour développer leurs activités. Pourquoi deviendrais-je l’outil des théories occidentales auxquelles je ne crois pas au lieu de grandir dans mon rôle d’acteur de développement dans les problématiques dans lesquelles je vois ces femmes évoluer et obtenir des résultats concrets pour elles et leurs familles.
Ma conclusion est que pour parler de genre, il faut vraiment se débarrasser soi-même de ses lunettes civilisatrices…Sinon, on insulte les femmes.

Voilà l’histoire. J’en rajoute un peu après le commentaire de Rose Cérise pour rendre ça un peu plus clair. Ce qui m’a intrigué dans cette histoire et qui m’a encouragé à vous la partager est bien évidemment la réaction face à un désaccord idéologique et stratégique avec un supérieur qui en plus est le financeur du projet. La personne concernée dans cette histoire a fini par quitter le projet pour d’autres raisons, mais j’ai parcouru les rapports sur son travail et ses convictions se sont révélées non seulement en adéquation avec les réalités de terrain, mais ont porté du fruit auprès de son équipe qui est devenue une équipe engagée sur des valeurs (je les ai rencontré il y a moins d’un an) ainsi qu’auprès des femmes évoquées dans sa narration. La morale de l’histoire ? chacun tirera la sienne s’il en trouve une à tirer.

3 Comments
  • ceriserose
    mars 29, 2012

    Salut,

    Cette histoire m’a l’air très intéressante ! Bon j’avoue que j’ai eu un peu du mal à te suivre…dans la narration (pas très clair). Mais en gros j’ai compris le sujet de discorde entre toi et ta « collègue ».

    Étant femme, j’évite désormais de me prononcer dans des espaces publics (virtuels) là dessus parce que j’ai bien failli me faire lyncher et je n’apprécie pas beaucoup la polémique; surtout quand il s’agit des sujets qui fâchent.

    Ma position est assez proche de la tienne. La réalité des femmes diffèrent en fonction de l’environnement, de la culture et des us. Il est important de bien indiquer de quoi il s’agit dès qu’on parle de genre… Et ça devrait être un problème de Tous et non pas de certains.

    En occident, la polygamie n’est point tolérée (j’ai toujours trouvé cela un peu hypocrite; parce qu’il y a parfois des maitresses à coté…). En Afrique, elle est acceptée et même reconnue par certains, sauf bien par le nouveau nègre occidentalisé qui trouve cela barbare. Des personnes avec qui j’ai eu à échanger trouvent que; ces femmes qui acceptent la polygamie sont stupides et idiotes. Mais la vie c’est un choix et la polygamie n’a pas que de mauvais coté.

    M’enfin ! c’est vrai que tu ne souhaites point parler de ton boulot, mais les bribes que tu laisses par ci, par là laisse percevoir un boulot intéressant. Continues à travailler en fonction des informations que tu reçois du terrain et non pas des réflexions et du ressenti des personnes qui ne sont même pas parfois directement concernées par la réalité de ces femmes. En même temps cold down. Il m’a semblé que le ton employé était légèrement mécontent.

    • Paul Armand
      mars 29, 2012

      Bonjour Rose Cerise
      J’ai ajouté deux ou trois choses au texte après ton commentaire en espérant lever quelques équivoques sur les acteurs de l’histoire.
      Les questions de genre sont en général des questions délicates parce que les aspects culturels du genre sont très souvent mis de côté au profit de « valeurs de bien et de mal » provenant d’autres cultures. Un peu comme si en parlant de genre, on devait voir les choses soit en blanc, soit en noir. Et les acteurs qui interviennent souvent sur le genre confondent facilement leur rôle d’acteurs des droits et de l’humanité à celui de « civilisateurs », « détenteurs du bien et du mal ». L’histoire narrée ne m’est pas étrangère, j’ai connu quelque chose de très similaire moi même.
      Sur la polygamie, comme sur beaucoup de choses, je pense qu’il faut laisser la liberté aux gens. Mais surtout aux femmes. Si une femme veut s’épanouir dans une situation de polygamie, je ne vois pas pourquoi on devrait lui opposer la polyandrie qui ne fait pas partie de sa réalité culturelle.
      Ce qui s’attaque à la liberté des individus est très vite imposture. Y compris attaquer la polygamie dans un contexte où les femmes ne s’en plaignent pas. Il me semble un peu délicat de vouloir absolument en faire un problème pour elles.
      Pour moi le combat pour le genre (et j’en suis un fervent acteur) a pour finalité des hommes et des femmes qui jouissent de leurs droits et vivent leur vie en s’épanouissant et en se tenant main dans la main, libérés des préjugés basés sur le sexe.
      Je pense que nous ne devons pas nous détourner de ce combat pour des luttes civilisatrices.

      Paul Armand

  • ceriserose
    mars 29, 2012

    « Pour moi le combat pour le genre (et j’en suis un fervent acteur) a pour finalité des hommes et des femmes qui jouissent de leurs droits et vivent leur vie en s’épanouissant et en se tenant main dans la main, libérés des préjugés basés sur le sexe ».

    J’aime beaucoup cette conclusion !!!

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