Comment elles changent leur vie avec le web

Elles sont camerounaises. Et elles se sont lancées presque par accident dans Youtube. Question de faire rire leurs amis ou de passer des messages. Un peu d’ailleurs comme avaient commencé d’autres avant eux qui sont super connues aujourd’hui. Et voilà, le jeu a donné de la place à l’enjeu…et a bien valu la chandelle.

La première que j’ai découverte s’appelle Aicha. Elle est désormais connue sous le nom d’Aicha la Kamoise grâce à ses centaines de milliers de vue sur Youtube. Celle qui explose les statiques a attiré l’attention avec un court métrage, réalisé avec les moyens de bord, mais où elle et son équipe ont donné de leur tout et de leur bon ton. Aujourd’hui, Aicha la Kamoise est un label qui monte et Aicha a complètement pris la mesure de la situation. D’un petit moment de rire sur Internet, elle est en train d’en faire un métier…en construisant elle-même son travail et en mobilisant autour d’elle. Ses vidéos se dégustent avec sourire et déclenchent des réactions différentes. Presqu’un millions de vues déjà pour l’ensemble de ses vidéos…désormais des invitations sur des émissions radios et TV, il ne lui reste plus que le grand passage sur les scènes, le petit écran…voire le grand écran et tout un mythe aura été construit. Mais Aicha s’est prouvée à elle et surtout à plusieurs autres, que de rien…on peut construire son chemin. Il faut surtout y mettre son meilleur….

La seconde s’appelle MimidesWays, et comme Aicha, elle raconte les quotidiens de vie à l’Etranger…la vie des « mbenguistes » comme on dit en Afrique. Ses sketchs sont simples, libres et pleins de vie. Ils sont très féminins et expriment malgré tout une vision positive de la vie. Ils sont, comme pour Aicha d’ailleurs, très critiques envers les hommes africains qui vivent en Europe et dans le fond, on y retrouve une série d’adresses et de messages. Mimi possède cependant une particularité très remarquable : Ses personnages et ses vidéos sont des dessins animés. Elle a choisi donc une approche complexe et même si ses dernières vidéos se font rares, elle a prouvé qu’avec de l’imagination, on peut complètement se démarquer.

Estelle Maimouna vit quant à elle aux Etats Unies contrairement à Aicha et à Mimi qui sont en Europe. Elle aussi a fait l’option de se lancer dans un style plutôt brut. Ses vidéos sont basiques…de la webcam…mais les contenus sont tout aussi intéressants. Elle est engagée et régulière.

Je pense qu’il y’en a certainement d’autres que je ne connais pas. Mais le fait est qu’il y’a quelque chose d’intéressant dans la démarche de ces jeunes filles qui m’intéresse.

Primo : elles ont décidé de faire quelque chose…et de le faire à fond. Et ce quelque chose est entrain de changer leur vie. Elles n’ont pas attendu que leur soit trouvé un boulot tout pavé…elles ont décidé de donner leur meilleur dans quelque chose qu’elles aiment et cela s’est révélé payant. Je pense qu’on va entendre davantage parler de ces jeunes filles qui ont émergé de nulle part sur Youtube grâce à leur courage.

Secundo : elles ont décidé de faire preuve de courage et d’audace. Il faut en effet une bonne dose de courage et de bravoure pour se lancer ainsi sur le web…la plupart préférant se cacher sous des pseudos pour faire des critiques idiotes. J’ai aimé les thèmes qu’elles abordent. J’ai aimé la façon d’assumer leurs vues, j’ai aimé qu’elles acceptent d’être présentes sur les sujets qu’elles endossent, qu’elles clashent et acceptent le jeu des clashes et qu’en même temps, elles ne se perdent pas dans des perspectives stériles. Je pense qu’il y’a encore du travail, mais pour ne prendre que les cas de Mimi et de Aicha, on voit bien une progression constante dans les textes, dans les personnages, dans le montage technique…bref, une professionnalisation progressive de ce qu’elles font.

Tertio : elles sont entrain de changer leurs horizons. Près d’un million de vue pour Aicha…c’est un véritable record qui a des incidences financières certaines…Et sous quelques années, quand elles profiteront des retombées de leur travail, certains seront au même endroit….le cimetière des plaintes éternelles.

Bien de choses sont difficiles et les jeunes humoristes dont il est question ici ne sont pas encore au sommet. Mais elles sont une illustration parfaite d’une chose simple. Un peu d’innovation dans la démarche…un tout petit effort d’innovation qui implique de la bravoure, du courage, un minimum de discipline…Et tout peut radicalement changer pour de vrai…et pour de bon.

4 Comments
  • ZAC M
    février 18, 2014

    « Et elles se sont lancées presque par accident dans YouTube ». Non….Ce n’est pas un accident que d’ouvrir un compte sur YouTube et de décider de poster des petits films teintés d’humours aux amies/s et parents restes/es au pays, qui ont une autre idée du Canerounais et de la Camerounaise en occident. C’est plutôt leur façon a elles d’essayer de dire ce qui se passe, qui pourrit « le vivre ensemble Camerounais », mais aussi, c’est leur façon a elles d’essayer de changer les mentalités, de dire la vérité devant une culture du mensonge à soi-même et aux autres qui sévit le monde Camerounais dans sa généralité. Elles mettent en surface des situations sociales longtemps restées underground. S’il faut valoriser ce qu’elles font, faisons-le, sans donner à leur courage des expressions qui réduisent leur effort a autre chose. Elles avaient besoin d’un outil pour s’exprimer, YouTube était à leur portée et voilà, elles s’y sont mises, pas par accident. A part ca je continue a aimer ce que tu fais Paul Armand. Bon Courage a toi aussi!

    • Paul Armand
      février 18, 2014

      Bonjour Zac M,
      Merci pour ton commentaire et ton recadrage vaut la peine.
      Cependant, j’emploie le terme « accident », non pas en rapport avec le bien fondé rationnel de leur démarche, mais avec la portée professionnelle de celle-ci…C’est à dire qu’elles s’y sont lancées non pas nécessairement pour en faire le métier que c’est devenu…mais plutôt justement de manière spontanée, pour parler aux autres, proches ou lointains…C’est cette spontanéité non intentionnellement orientée vers le professionnel qui est un peu « l’accident ».
      Mais justement, j’aimerais moi-même être plus certain (je ne le suis pas complètement) sur le caractère « accident » tel que je l’ai envisagé dans l’article et je vais approcher les concernées…je reviendrais compléter l’article après.
      Merci encore.

  • Diecky Eugénie
    avril 2, 2014

    J’apprécie vos articles car ils ont vraiment pointus!
    Eugénie D.
    http://www.eugeniediecky.com

    • Paul Armand
      avril 2, 2014

      Merci beaucoup Eugénie. Je viens également de découvrir le vôtre et votre concept mérite vraiment d’être mis en permanence…Merci et courage à vous.

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