Le paradigme de l’autre : le chemin de rien ne marche.

Très souvent j’ai écouté un cri de cœur venant de jeunes de divers pays d’Afrique : « J’ai tout essayé et rien ne marche jusqu’à présent». Et lorsque les gens décrivent concrètement ce qu’ils ont fait, on constate effectivement que bien de choses ont souvent été engagées et qu’à chaque coup, des difficultés évidentes surgissent pour entraver l’évolution des projets. Il y’a cependant quelques facteurs explicatifs, et avec, des leçons à tirer. Il y’a en particulier une raison que j’ai trouvée récurrente et que les gens avaient complètement mis de côté….qui était pourtant une des raisons fondamentales de ces non-aboutissements. Je l’appelle le « paradigme de l’autre ».

J’appelle « paradigme de l’autre », la construction de la représentation du destin professionnel comme un moyen d’atteindre des résultats de réalisation personnelle emprunté dans la perception qu’on se fait de la réalisation personnelle d’autres individus. Un individu se fait un schéma positif d’une situation sociale qu’il voit chez un autre individu, et ce schéma devient le fil d’Ariane qui guide ses choix professionnels, dans la perspective que le schéma perçu chez l’autre, se réalise chez soi-même.

Tout part donc d’une référence…Ce sera le voisin qui a eu sa voiture et que l’individu décide intérieur qu’il aura aussi un jour…le cousin qui a eu une belle villa…et que l’individu décide qu’il ne mourra pas sans avoir une de pareille ou une meilleure….Bref, le point de départ est là, quelque chose qu’on voit chez l’autre et qu’on décide d’avoir.

Appelons ce point de départ le référent émotionnel. Emotionnel simplement parce que ce point de départ n’est pas une situation rationnelle, mais plus une réaction émotionnelle. La question n’est pas comment, pourquoi, dans quels conditions l’autre a obtenu ce qu’il a obtenu. Bref, la question n’est pas de l’ordre de l’objectivité, mais plutôt de la subjectivité. Il est question de l’autre qui a ce que je n’ai pas et dont le contact construit à ma conscience que je ne l’ai pas…alors, je réagis pour me défendre du manque, pour me défendre de ce que je ne l’ai pas…par un « je l’aurais aussi un jour »…sinon, « j’aurais mieux ».

Le référent émotionnel est donc lui-même un construct : c’est le choc d’une conscience d’un Moi supérieur…qui est le Moi de l’autre, perçu au travers de ce qu’il possède…et qui crée en moi un mécanisme de défense, de rééquilibrage de mon Moi par rapport à celui de l’autre…par une projection dans le futur « Je l’aurais…ou j’aurais mieux ». Le référent est référent parce qu’à partir de ce choc, il s’installe dans la conscience de l’individu comme une base d’évaluation personnelle.

Nous disions donc que le paradigme de l’autre commence par la construction d’un référent émotionnel…qui est un référent fondé sur l’autre.

Le problème est que ce référent social est un référent non pas sur les modalités de succès de l’autre (on a dit qu’il était subjectif), mais sur la perception « de bien être » de l’autre. Il est donc du domaine de l’interdit puisqu’il rappelle à ma conscience des concepts tout aussi interdits : la jalousie, l’envie, etc. Personne bien sûr ne veut se dire qu’il est jaloux du succès de l’autre…ou qu’il est plein d’envies des voitures, des femmes ou du champagne de l’autre…tout le monde aime bien gentil et avoir une perception de soi conforme à la morale commune. Le référent ne peut donc avoir droit de siège dans une conscience acculée par la norme sociale. Il va donc se dissoudre et entrer dans l’inconscient, bref ne plus exister à la conscience de l’individu sans pour autant disparaitre.

Mais dès ce moment, le référent est devenu un paradigme d’analyse de la trajectoire personnelle et plus spécifiquement de la trajectoire professionnel.

Tout ce que l’individu effectue comme chemin, notamment professionnel est évalué inconsciemment par rapport à ce référent. Es ce que cela me donne la voiture ou plus que la voiture que j’avais vu 10 ans plus tôt chez le voisin…si ce n’est pas le cas, la situation actuelle est perçu comme non réussie et donc une transition vers la réussite.

L’individu dans chacune des situations professionnelles dans lesquelles il se trouve en train d’analyser la situation non pas par rapport à ce qu’elle a d’objectif…mais véritablement par rapport au référent émotionnel.

En conséquence, aucune situation n’est plus prise dans ce qu’elle est, dans ce qu’elle offre en dehors du référent émotionnel. Et donc aucune situation n’est plus bonne. Elle ne débouche pas directement sur les résultats que le référent émotionnel a construit…elle est un encombrement psychologique dans ce que le référent émotionnel a construit.

Et finalement, ce no-matching…se traduit dans les rapports que l’individu aborde avec la situation professionnelle qui font que finalement, les raisons du divorce apparaissent. C’est un peu comme si non a épousé un homme qu’on pensait riche pour se sortir d’une situation et une fois marié, on découvre que ce n’est pas le cas…on finit par trouver les raisons qui rendent soit l’infidélité, soit le divorce objectif…sans jamais faire le lien directement et ouverte avec la vraie raison : il n’était pas riche ou ne pouvait pas me sortir de ma situation initiale.

Et donc, l’individu va d’expérience en expérience…à la recherche perpétuelle de celle qui satisfera son référent…rien ne marche…et il a d’ailleurs raison…rien ne peut marcher

Voilà l’histoire du paradigme de l’autre qui ne prendra fin que lorsque l’individu aura décidé de changer de paradigme ou que le paradigme passera à l’état de chimère…et donc créera simplement une phase d’aigreur et d’amertume chez l’individu qui aura le sentiment d’avoir passé sa vie à courir sans jamais arriver à quelque chose de bon.

Mais il arrive aussi que le paradigme de l’autre donne des résultats…et que l’on finisse par avoir un matching entre la situation professionnelle et le référent…Mais ca, c’est une autre histoire.

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