Investissements : Les mauvais choix de la diaspora

Ils sont légions, les projets lances par les africains de la diaspora qui quand ils n’ont pas simplement été des échecs cuisants, sont vite devenus des films d’horreur…Ces mauvaises expériences justifient en partie la réticence et la réserve de plusieurs Africains d’investir encore chez eux.

Vous connaissez sans doute l’histoire de ce gars qui a pris un crédit dans une banque en Europe (je connais au moins un cas et il s’agissait de presque 120 000 euros récupérés par divers créneaux). L’argent a ensuite été envoyés au pays pour la construction d’une maison. Au fur et a mesure des travaux, il recevait des photos et envoyait ainsi les fonds complémentaires jusqu’à ce que la plus belle photo, celle de sa maison terminée lui soit envoyée. Il décide alors d’aller régaler son cœur et de voir de ses yeux et prend un billet d’avion pour son pays. Le cas spécifique que je connais…le projet était exécuté par ses propres parents. Ceux-ci l’avaient dans un premier temps découragé de venir au pays et une fois le gars sur place, l’ont bien distrait avant que la vérité n’éclate au grand jour : il s’agissait des photos de la maison du voisin. La sienne, aucune pierre, même pas la plus petite, n’a jamais existé.

Quand on connait les conséquences de certaines de ces histoires, il n’est pas trop fort de dire que les films d’horreur ont bel et bien existé.

Il y’a cependant un certain nombre de questionnements qui restent au-delà du drame et qui questionnent, non pas les projets échoués, mais une attitude dans l’investissement qui est bien à l’origine de ces problèmes et qui devrait être revu.

Pourquoi avoir confié un chantier de maison a son père qui n’est ni architecte, ni maçon, ni ingénieur, ni rien qui soit de près ou de loin associe à ce type de projets ? Pourquoi confier à son cousin tailleur, le projet de reventes de voitures au pays ? La diaspora africaine dans plusieurs pays a en effet une maladive tendance à confier aux proches des projets à confier à des pros. Alors même que des structures professionnelles existent de plus en plus.

Derrière cette tendance, se cache malheureusement l’obsession de contrôle…le meilleur moyen de faire du contrôle n’est pas de jouer sur des proches, mais sur des procédures légales et officielles. Ce que peuvent produire le travail avec des professionnels. Avec eux, on peut signer des contrats, établir des plans de suivi, verrouiller juridiquement, etc. avec les proches, on ne peut pas et même quand on le fait, c’est bien souvent inefficace.

La seconde chose à relever dans ces échecs est la méthode de travail. Une maison confie à son frère ou à son père bien souvent signifie qu’aucune procédure technique n’a été suivie. Très souvent pas d’architecte et donc de plan architectural rigoureux, pas de projet technique. Pareil avec les cousins pour la petite ferme au village. Elle signifie bien souvent pas de business plan rigoureux (ils n’en ont pas les compétences ou alors iront voir chez un prestataire moins cher et juste presser d’avoir son paiement). Bref aucun de ces outils qui cadrent et encadrent un projet en donnant de la lisibilité sur ce qui se passe.

La troisième chose à relever enfin est l’illusion des couts moins chers. Plusieurs pensent qu’en confiant leurs projets a des cousins et en évitant des procédures qu’ils imaginent compliquées, ils ont des projets a bons prix. C’est évidemment une énorme illusion. Parce que si un architecte facturera entre 3 et 8%, les détournements du cousin peuvent vous couter beaucoup plus si ce n’est la totalité du projet. Une étude de faisabilité en bonne et due forme confiée a un cabinet sérieux et réputé vous coutera certainement un gros budget en plus…mais bien souvent il vous épargne ce que son absence ne peut pas vous garantir. Un cabinet ou une entreprise de gestion de votre investissement nécessitera sans doutes des gros couts additionnels pour l’investissement et probablement siphonnera une partie de vos gains…mais ils vous éviteront un gain zéro quand ce n’est simplement pas la perte absolue de vos investissements.

Ce n’est pas l’Afrique qui est foutue ou les possibilités d’investir qui sont dangereuses…c’est bien souvent les mauvais choix que la diaspora fait dans la gestion de ces projets qui rend ces projets nuls et en fait de mauvais souvenirs. Il est donc temps d’avoir le courage d’oser le professionnalisme. En confiant les projets a des pros, en suivant les démarches techniques et légales les plus rigoureuses et en mettant les moyens qu’il faut…cela signifie ne pas se sentir le pouvoir d’appeler à minuit pour demander des comptes…mais c’est au moins la garantie que les comptes qu’on recevra ne seront pas les photos de la maison du voisin.

1 Comment
  • Richard
    juin 19, 2016

    Vrai. Toutefois les « pros » j’entends structure bien constituée disposant d’une relative expérience sont parfois pires que les parents. Aujourd’hui n’importe qui est en mesure de monter son entreprise sans disposer des compétences requises dans le domaine d’activités. Et les marchés se gagnent sur la base des réseaux relationnels. Résultats des cas d’avaries précoces, de chantiers qui tirent en longueur, de résiliations avant terme, d’interminables litiges, etc…
    Un réel besoin ou du moins une forte volonté d’assainissement peut aider à mieux absorber les crédits de la diaspora.

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