Heureuse Aimée

Rien n’est évident pour cette professionnelle, de 35 ans et qui possède deux Masters (un en Economie et un en Planification Stratégique). Avant de rejoindre ce cabinet dans cette grande ville africaine, Aimée avait travaillé au sein de deux organisations internationales prestigieuses, puis décider d’aller explorer le secteur privé. Un processus de recrutement particulièrement compétitif l’a fait déboucher dans ce qui est le plus grand cabinet de planification stratégique de son pays. Quand on est célibataire, sans fiancé connu et sans enfant, un tel profil fait place à toutes sortes de suspicions.

Cela n’est pas normal. Cela ne peut pas l’être. On ne peut pas être belle, cultivée, intelligente, avoir des hautes responsabilités, être seule et sans enfant sans qu’il n’y ait anguille sous roche. Et c’est dans les couloirs de son lieu de service que les pires explications et analyses ont souvent été faites.

D’abord par ses collègues de même rang, dont quelques-uns restent convaincus, malgré ses puissantes démonstrations de force, qu’Aimée a ses jambes bien étalées auprès de tous les puissants de la République pour être au même niveau qu’eux…eux qui sont des hommes, bien plus âgés qu’elle. Elle ne leur a jamais donne l’opportunité de la confrontation et ne concède aucun espace de manque de respect a son égard. Ils ont d’ailleurs un peu peur…pour peu qu’elle couche avec un Ministre ou le Boss lui-même…ils peuvent voir leurs salaires mirobolants et leur carrière en difficulté.

Son équipe a un moment donne a fait une forme de fronde sexiste contre elle. Surtout à l’époque d’un certain Jean-Pierre qui estimait qu’il aurait très bien pu avoir le poste de sa patronne et qu’elle était la simplement à cause de compétences extraprofessionnelles. Jean-Pierre était aveugle sur sa moyennete et sur le fait que même s’il se croyait le meilleur, ses résultats étaient toujours de l’ordre de l’à-peu-près. Il n’hésitait cependant pas à tenir tête a Aimée et un jour, elle a purement et simplement demande son licenciement.

Mais les pires des mégères, ce sont les femmes au bureau. Une des assistants avait fait courir un moment la rumeur selon laquelle Aimée était dans une secte pernicieuses et diabolique et que les bijoux qu’elle portait étaient les symboles de ce lieu satanique. La bavarde avait même associé Aimée a ce groupe de jeunes filles à la richesse soudaine et qui garent leur voiture dans des carrefours populaires pour effecteur le rite de la marche nue sous les yeux du public. La rumeur s’est calmée le jour ou proche d’être licenciée pour une faute lourde qu’elle avait commise, c’est Aimée qui s’était retrouvée à plaider pour elle, engageant même l’organisation a lui payer une formation supposée l’aider à éviter d’éventuelles prochaines gaffes. Une autre assistante avait animé les pause-café entre filles autour de ce que la jeune professionnelle était en fait une insolente, qui avait refusé toutes sortes de propositions de mariage et commis des avortements nombreux aux fins de protéger sa carrière. Elle disait également savoir de source sure qu’Aimée avait été reniée par sa famille et c’est pour cela qu’aucun frère ou cousin ne vivait avec elle. Même la jeune stagiaire qu’elle avait accepté de recevoir pour aider un de ses collègues dont c’était la parente et qui lui du ‘Oui Madame’ assidu, s’était permise de faire des commentaires sur ‘ses sacrifices carriéristes’ quand elle trouvait l’un des supervises d’Aimée tout autant célibataire, seul et sans enfant, charmant et brillant. Vous avez dit envie et jalousie…

Hors de son travail, mais toujours dans le cadre professionnel, certains pairs masculins avaient cru trouver en elle une cible simple à embarquer dans son lit. Ils en ont eu pour leur mémoire. Le cas le plus touchant est le patron d’une des entreprises cliente qui l’avait invité pour un déjeuner de travail théoriquement devant se dérouler avec une équipe de la boite. Aimée est arrivée au restaurant pour se retrouver seule avec le Directeur Général visiblement venu pour autre chose que le travail. Il a commencé par évoquer sa beauté et leur possible compatibilité. Il a aussi été clair sur le fait que l’entreprise d’Aimée aurait le contrat a la condition qu’elle lui fasse une petite faveur. Aimée avait appris à ne pas perdre son sang-froid dans ce genre de situations délicates. C’est avec sourire qu’elle avait réagi. D’abord en commandant deux bouteilles de champagne et du caviar. Puis en rappelant au Directeur General que c’est elle qui choisissait avec qui elle faisait l’amour ou pas. Elle avait enfin rappelé au DG qu’elle n’aurait absolument aucune faveur d’elle et qu’en ce qui concerne le contrat de son entreprise, elle allait consigner dans son rapport la condition que le DG venait de lui évoquer et le transmettre à aux deux hiérarchies puisque le DG dépendait d’un groupe international. Elle avait conclu en avisant à son interlocuteur avec sourire que c’était la dernière fois qu’il se donnait une telle liberté sous peine de poursuites judiciaires pour harcèlement sexuel. En se levant, elle avait payé l’addition et s’en était allée sans mot dire au Directeur General. Le lendemain, celui-ci renvoyait le contrat signé.

Aimée a la chance de ne pas être toujours seule dans cette confrontation au machisme et au sexisme dans son univers de travail. Elle a sa famille, et notamment son père qui a imposée a tout le monde de respecter les choix de sa fille et avec qui elle partage une forte complicité, lui-même étant ancien enseignant à la retraite. Sa mère qui est présente et qu’elle peut joindre à tout moment. Son frère qui est un haut fonctionnaire, ancrée dans de profondes valeurs religieuses et qui tient sa sœur avec beaucoup d’affection et de respect.

Aimée a aussi de forts soutiens professionnels. D’abord son patron, homme d’une intégrité exemplaire. Son approche du travail uniquement base sur la compétence a permis à Aimee d’émerger et d’avoir toute la marge de manœuvre professionnelle qui lui permet de sortir des cancans sexistes. Mais aussi, Aimée a bénéficié des conseils avisés de quelques femmes qui ont réussi leur carrière, surtout à la période où elle travaillait au sein des organisations internationales. Elle a vite compris qu’elle devait apprendre auprès des meilleures et a eu de la chance de tomber sur des femmes avec des vécus consistants et une vision profonde de la vie.

Aujourd’hui, Aimée a dépassé beaucoup de clivages en elle-même. Elle garde toutes ses aspirations de femmes, et ne les fait dépendre de personne. Elle vit à fond engagée dans sa famille, dans diverses activités de bienséance comme cette maison de jeunes filles orphelines à laquelle elle accorde ses demi-journées du samedi. Elle prend du temps pour sa famille, pour son cercle restreint d’amies. Mais surtout Aimée s’accorde du temps pour elle-même. Pour lire, faire du sport, échanger dans des espaces professionnels et intellectuels. Et la touche finale qui rend Aimée si unique…c’est qu’elle prend soin de la femme qu’elle est, à se rendre plus intelligente, plus cultivée et plus belle pour elle-même avant tout.

1 Comment
  • Grace Bailhache
    avril 28, 2017

    Ah mon cher, là tu m’ôtes les mots de la bouche. Voilà une histoire que je n’aurais de cesse de partager dès que possible, parce qu’elle renferme le bon et le mauvais de ce à quoi l’on peut être confrontée lorsque l’on a le profil d’une Aimée…

    Le plus drôle c’est que je pourrais en ajouter des épisodes estampillés « mission provinciale » pas piqués des hannetons, à une époque où j’effectuais des haltes ponctuelles dans des entreprises avec mon équipe, tu serais épaté (ou pas) des mesquineries dont sont capables les médiocres, sur ce coup là je mets les hommes et femmes dans le même bateau, leur égalité à nuire a été indiscutablement au même diapason.

    Comme ton Aimée, j’ai eu la chance d’avoir dès mon plus jeune âge été confortée dans mon estime, ma confiance est inébranlable. A partir du moment où les racines sont profondément plantés, rien ne pet les déloger, comme dans la fable, je ploie mais ne rompt point…

    Mais déjà, mon cher, laisse moi seulement te dire que désormais ce sera ton pied, mon pied pour ce qui concerne les réflexions autour de solutions de ripostes face à telle ou telle situation nauséabonde en milieu professionnel mais aussi à l’université….

    A suivre….

    Grace

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