Je lance une serie sur les jeunes femmes puissantes qui va puiser dans mes experiences recentes. À dix-neuf ans, étudiante en deuxième année d’Anthropologie à l’Université de Douala, j’ai accepté de prendre la présidence d’une équipe Communication d’une ONG locale. Nous étions une vingtaine de jeunes passionnés de médias, mais ma nomination n’a pas fait l’unanimité. Ma jeunesse intriguait, ma féminité dérangeait. Les critiques venaient de toutes parts, parfois déguisées en conseils, parfois frontales.
Je ne l’avais pas demandé : cette nomination venait de la hiérarchie, de la responsable des programmes qui voyait en moi la boule d’énergie dont elle avait besoin pour dynamiser les activités de l’équipe. Mais ce n’était pas suffisant. Je me retrouvais face à d’autres jeunes comme moi, déjà membres de l’équipe depuis longtemps avant moi, certains ayant même occupé cette fonction auparavant, plus âgés et, « mieux encore », des hommes.
Hummm… tout ce que je disais ou faisais était passé au peigne fin : on épluchait mes propos, mes idées, ma taille, mon poids, ma démarche, mon habillement, tout ce qui pouvait ou noncontribuer au bon fonctionnement de l’équipe. Croyez-moi, ce n’était pas drôle. Mais aujourd’hui je me vante quand même du fait que les choses jamais remises en question furent mon intelligence, mon honnêteté et mon travail acharné .
Ce fut ma première véritable expérience riche, ondulée, teintée de belles prouesses et de fondations solides pour ma carrière et ma personnalité. Il y a eu des moments où j’ai eu envie d’abandonner, puisqu’il s’agissait d’une mission de pur bénévolat, un engagement guidé par la passion plus que par la paie.. Je me disais : à quoi bon subir autant alors que le prix à payer pourrait être lourd ?
Mais comme je l’avais lu un jour dans un livre dont l’auteur m’échappe :« Les excuses rendent aujourd’hui plus facile et demain plus difficile. La discipline et le travail rendent aujourd’hui plus difficile et demain plus facile. » Le dernier article du blog evoque justement ce sujet.
Ces mots ne cessaient de résonner en moi. Ils me rappelaient que, si je rêvais d’une carrière brillante et de rôles stratégiques, il me fallait commencer l’entraînement dès maintenant, accepter l’effort du présent pour alléger le poids de demain. Et donc, avec les conseils de mes proches et mon abnégation, j’ai tenu bon.
Je savais que ce que je fuirais à cet âge-là, volontairement fût-il, me rattraperait plus tard dans ma vie professionnelle. Il fallait percer le mystère tout de suite et avancer avec les armes nécessaires pour construire une carrière digne de ce nom. Cette carrière est toujours en construction, mais quand je regarde en arrière, je me dis oui : le parcours me réjouit et ça ne fait que commencer.
Tout comme moi, de jeunes femmes vivent leur leadership de mille et une manières, même lorsque le contexte semble leur refuser cet espace. En fait, le leadership féminin se déploie dans mille nuances. Il s’exprime dans les choix du quotidien, dans la capacité d’inspirer, de créer, d’ouvrir des chemins nouveaux…
À travers les témoignages qui suivent, des femmes racontent leur façon de mener, d’encourager, de bâtir et de tendre la main. Leurs récits sont autant de fenêtres sur une force douce et puissante, qui transforme les vies et les communautés.
Jeunes femmes puissantes : La voix des femmes aujourd’hui
Halimatou Saadia
« Je suis née dans une famille peule musulmane, dans un milieu où l’école n’était pas une évidence pour les filles et où le mariage était considéré comme la réussite. J’ai grandi avec cette pression, mais j’ai choisi un autre chemin.
Aujourd’hui, à 34 ans, je ne suis pas mariée et je travaille comme humanitaire. Ce choix est une victoire, mais aussi un fardeau : voyager, loger dans des hôtels, prendre la parole en public sont vus comme des actes inadaptés pour une femme de ma communauté. On m’a même dit un jour que j’étais “trop ambitieuse” pour être épouse. Pourtant, c’est cette ambition qui me permet aujourd’hui de sensibiliser les communautés sur l’éducation, la nutrition et les droits des filles.
Pour moi, le leadership féminin, c’est ouvrir un chemin là où il n’en existe pas encore. Mon plus bel impact, je le vois dans les yeux de mes cousines et des jeunes filles de ma commune qui osent désormais rêver plus grand.
Et si j’ai tenu, c’est grâce à l’empathie : elle m’a appris à écouter, à comprendre et à convaincre avec douceur. Être leader, ce n’est pas seulement diriger, c’est inspirer et tendre la main pour que d’autres trouvent à leur tour la force de croire en elles-mêmes. »
Une leader
« Le leadership féminin représente tout pour moi, car il donne une place importante dans la société à la femme, qui peut ainsi prouver qu’elle aussi peut diriger des personnes au sein d’une entreprise.
Je me suis lancée dans la construction il y a un an et, en tant que maîtresse d’ouvrage, je suis devenue le centre des décisions importantes concernant la distribution des tâches et l’avancement du travail. Il fallait toujours me consulter avant la moindre amélioration, et cela a eu un impact immense sur ma vie. Je réalisais un projet entièrement seule en tant que femme, avec des ouvriers à ma charge à payer : il n’y avait donc pas droit à l’erreur.
Les qualités “douces” comme l’empathie, l’écoute et la bienveillance m’ont beaucoup aidée, notamment lorsque je me suis fait voler par mon propre maître d’œuvre. Parce que je traitais mes ouvriers avec respect, certains sont venus me prévenir de ses malversations et de ses magouilles sur le chantier. Grâce à leur confiance, j’ai pu le renvoyer, à contre-cœur, mais c’était essentiel pour la bonne conduite des travaux.
Comme beaucoup de femmes, j’ai aussi rencontré d’autres obstacles. Sur le chantier, certains hommes m’abordaient par curiosité pour me faire la cour. Certains voisins, ne voyant pas d’homme à mes côtés, ont voulu me menacer. Ils ont fini par comprendre que je suis une lionne, et chacun respecte cela aujourd’hui.
Au début, on m’encourageait, puis, quand le projet a commencé à se matérialiser, la jalousie s’est dessinée sur certains visages. Je me souviens même de rumeurs affirmant que je faisais partie d’une loge, parce qu’une femme ne pouvait pas, selon eux, réaliser un tel projet.
Si je devais inspirer une jeune fille, je lui dirais de foncer la tête haute, d’être libre de réaliser ses rêves et de s’attendre à faire face aux difficultés liées à son genre. Ces épreuves doivent la forger en dame de fer au lieu de l’anéantir. Il ne faut pas avoir peur de réaliser ses rêves, et dans la diligence de ses projets, il ne faut pas avoir peur de se débarrasser de ceux qui veulent nuire à sa réussite. »
Christine Akasing
« Le véritable leadership commence par la reconnaissance du fait que chaque personne est unique, capable d’apporter une contribution qui lui est propre, tout en gardant à l’esprit l’importance du collectif. Cette dimension du “collectif” est essentielle pour renforcer et façonner les esprits. Nous dirigeons mieux lorsque nous avançons ensemble, plutôt que de simplement énoncer ce qui doit être fait ou de nous limiter à fixer des règles.
Les femmes sont souvent confrontées à des défis supplémentaires liés au manque deconfiance en elles ou à l’insécurité. Être une femme leader, ou diriger d’autres femmes, devient donc encore plus exigeant. Encourager chaque femme à reconnaître et à embrasser sa singularité est une étape cruciale vers un leadership réussi et porteur d’impact. »
Dolvira Daha
« Le leadership féminin, pour moi, c’est la capacité des femmes à s’affirmer, à prendre des décisions et à inspirer les autres tout en restant authentiques et solidaires. C’est montrer que notre voix compte et que nous pouvons transformer des idées en actions, même dans des espaces où nous avons longtemps été minoritaires.
Si je devais inspirer une jeune fille, je lui dirais : “N’attends pas qu’on te donne la place : crée-la, fais entendre ta voix et crois que ce que tu apportes peut changer le monde. Crois en toi ❤.” »
Maeva Ngounou
« Pour moi, le leadership féminin, c’est avant tout apprendre à me faire confiance et à croire que ma voix mérite d’être entendue. Je me souviens d’une réunion dominée par des voix masculines où, malgré mes hésitations, j’ai décidé de prendre la parole. À ma grande surprise, mon intervention a changé l’orientation de la discussion et ouvert de nouvelles perspectives. Ce moment m’a donné la conviction que l’impact ne dépend pas du volume de notre voix, mais de sa sincérité.
Bien sûr, je me heurte parfois à des stéréotypes ou au doute intérieur, mais je choisis de les dépasser en m’appuyant sur l’écoute, la bienveillance et le soutien de celles et ceux qui croient en un leadership plus inclusif. Si je pouvais adresser un message à une jeune fille, ce serait : ‘Tu n’as pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour être une leader, ta singularité est déjà ta force.’
Le leadership féminin représente aujourd’hui une nouvelle façon d’exercer l’influence : une force douce mais puissante, qui allie empathie, écoute et authenticité. C’est prouver qu’on peut avoir de l’impact sans reproduire les codes du pouvoir traditionnel. Trop souvent, les femmes leaders doivent franchir des obstacles invisibles : le doute, le manque de légitimité, les stéréotypes, le syndrome de l’imposteur (mon plus grand défi). Mais ces épreuves deviennent aussi des leviers de résilience et de créativité.
Prendre la parole, c’est alors non seulement s’affirmer, mais aussi ouvrir un espace où d’autres peuvent s’exprimer. Il faut oser parler, même si votre voix tremble, car c’est ainsi que le monde change. »
Zita Monjoa
« Ces dernières années, nous avons vu de plus en plus de femmes accéder à des postes de direction en politique, dans les gouvernements, les organisations et les institutions.
C’est un puissant rappel de la force et de l’importance du leadership féminin dans notre monde d’aujourd’hui.
Pour moi, le leadership féminin est un leadership de sagesse, d’équité et de courage. C’est une manière de diriger qui transforme les institutions avec intention et détermination. Il ne s’arrête pas au présent : il imagine un avenir plus lumineux. Il porte une conscience profonde et donne une direction pour la croissance et le progrès.
C’est un leadership durable, porteur d’impact, qui laisse une empreinte dans la société. C’est un leadership qui écoute, qui inclut et qui élève chaque voix. Il ne fait aucune distinction d’âge, de race, de religion, de culture ou de statut.
C’est ce type de leadership qui inspire l’unité, la résilience et le changement durable.
Parmi toutes mes prises de parole, une en particulier reste gravée dans ma mémoire : la Journée internationale des droits des femmes, dans mon précédent poste. J’ai eu l’honneur de présider l’événement, qui rassemblait plus de 150 hommes et femmes. Devant cet auditoire, j’ai parlé du rôle essentiel des femmes dans notre société.
J’ai rappelé que lorsque les hommes et les femmes travaillent côte à côte, nous ne faisons pas que prospérer : nous bâtissons des systèmes plus solides qui ne laissent personne de côté. J’ai partagé le message que le progrès n’est possible que lorsque les femmes bénéficient des mêmes opportunités que les hommes, car l’égalité profite à tous.
Les qualités “douces” qui m’ont le plus aidée dans mon parcours sont :
• la confiance en soi sans arrogance
• une communication de qualité (écoute, transparence)
• l’empathie
• l’intelligence émotionnelle
• la résilience
• le mentorat
Il faut aussi reconnaitre que les obstacles sont bien réels. En tant que femme leader, je mevois parfois refuser l’accès à certains espaces ou à certains systèmes, simplement parce que la société estime que les femmes ne devraient pas être à l’avant-plan de certaines discussions ou négociations. Un autre défi persistant est ce stéréotype qui veut que le succès d’une femme soit lié à des relations inappropriées avec des hommes influents plutôt qu’à son propre mérite et à son travail acharné.
Si je devais inspirer une jeune fille en une phrase, je lui dirais :« Rêve grand, continue à t’épanouir et ne te contente jamais du minimum. »
Winnie Dankam
« C’est un honneur de partager ma vision du leadership féminin. En Afrique, une jeune femme peut être félicitée pour son intelligence, mais elle ne doit pas surpasser ses frères. Au Cameroun, certains hommes préfèrent travailler pour un tyran que d’avoir une femme comme supérieure ou, pire, de devoir lui rendre des comptes.
Prenons quelques exemples :
Le leadership féminin va donc bien au-delà du talent. Tant que vous n’avez pas obtenu des résultats visibles, on ne vous prend pas au sérieux. J’ai dirigé une équipe commerciale composée pour moitié d’hommes plus âgés que moi : ils n’ont commencé à écouter que lorsque j’ai produit de grands résultats. Même en tant que manager, il faut prouver que l’on mérite son rôle.
Devenir des jeunes femmes puissantes: Mes conseils aux jeunes filles

Il existe beaucoup de leaders nés, mais le leadership positif se construit par l’expérience. Osez, échouez, recommencez, jusqu’à voir l’impact que vous désirez. C’est la plus belle récompense d’un leader. »
Littérature et échos des témoignages
Ces récits rejoignent la parole d’auteures qui, chacune à leur manière, offrent des clés pour affirmer sa place dans un monde où le leadership féminin reste un défi.
Rachel Hollis, dans Girl, Stop Apologizing, adresse un message direct : cesser de s’excuser d’être ambitieuse. Elle invite les femmes à assumer pleinement leurs rêves, à arrêter de minimiser leurs objectifs par peur d’être jugées, et à avancer avec détermination même lorsque l’entourage ne comprend pas.
Ses mots résonnent avec force dans l’histoire de Halimatou, que certains ont qualifiée de « trop ambitieuse » simplement parce qu’elle refusait de suivre le chemin traditionnel, et dans celle de Winnie, qui a dû redoubler de résultats avant d’être écoutée par ses pairs masculins. Toutes deux démontrent qu’assumer son ambition n’est pas un excès, mais une nécessité pour ouvrir la voie.
Chimamanda Ngozi Adichie, avec Nous sommes tous des féministes, rappelle que l’égalité n’est pas une faveur accordée, mais un droit fondamental. Elle dénonce l’idée selon laquelle les femmes doivent “mériter” leur place et affirme qu’aucune société ne peut prospérer sans la pleine participation des femmes.
Sa voix rencontre celle de Zita, qui défend un leadership capable d’inclure chaque voix, et celle d’Une leader, qui s’est imposée dans un univers où les décisions majeures étaient réservées aux hommes. Toutes deux traduisent dans leurs parcours ce que Chimamanda proclame : l’égalité n’est pas une concession, elle est la condition du progrès. Je vous invite a revoir le fameux TedX.
Sally Helgesen, dans How Women Rise, explore les habitudes, souvent invisibles, qui freinent la progression professionnelle : hésiter à prendre la parole, attendre d’être parfaite avant d’agir, minimiser ses succès. Elle propose des stratégies concrètes pour s’en libérer et oser occuper l’espace.
Ses conseils trouvent un écho profond chez Maeva, qui a choisi de parler malgré ses hésitations et a vu la réunion changer de direction, et chez Winnie, qui insiste sur l’importance d’affirmer son autorité face aux préjugés. Elles incarnent la promesse de Sally Helgesen : se libérer de ces freins ouvre la voie à un leadership pleinement assumé.
Enfin, Raphaëlle Giordano, avec Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, invite chacun à la réinvention. Elle rappelle que les épreuves, loin d’être des freins, peuvent devenir des tremplins vers une vie plus audacieuse et épanouie.
Ce message traverse le parcours de Christine, qui voit le leadership comme un projet collectif, une aventure où l’on se construit en construisant les autres, et celui de Dolvira, qui encourage chaque femme à créer sa propre place sans attendre l’autorisation de quiconque. Leur force tranquille illustre l’idée de Raphaëlle : chaque nouvelle étape est une renaissance possible.
Ainsi, la littérature et les témoignages se répondent : les unes offrent des concepts, des mots qui éveillent la réflexion, les autres en incarnent la preuve vivante. Ensemble, ils tracent une cartographie du leadership féminin : un chemin d’audace, de résilience et de transformation, nourri autant par l’expérience que par l’imaginaire des grandes voix féminines.
Ce que je retiens en quittant ces histoires est que, croisées aux voix de la littérature, elles montrent que le leadership féminin n’est pas une théorie mais une réalité quotidienne : il se manifeste dans l’action, la persévérance, l’écoute et la capacité de transformer chaque obstacle en tremplin.
Il est clair qu’un seul article ne suffira jamais à épuiser ce sujet. Mais il peut ouvrir un dialogue et rappeler à chaque fille, chaque femme, que son potentiel est immense.
À celles qui doutent encore :
Le leadership féminin est un chemin, pas une destination. Chaque mot, chaque geste, chaque victoire – petite ou grande – contribue à un mouvement plus vaste : celui des femmes qui osent, qui bâtissent et qui inspirent.









3 commentaires
Merci pour ces beaux témoignages et ces empreintes désormais indélébiles. Ce qui s’écrit ne se perd pas.
Le plus beau article que j’ai lu
Contente de vous lire. Vos paroles me redonnent davantage de courage et de motivation pour poursuivre mes rêves.